Vers une théorie de l’intelligence artificialisée en Sciences de l’Information et de la Communication

Vers une théorie de l’intelligence artificialisée en Sciences de l’Information et de la Communication

Par Elie Mata, chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication (SIC)

L’intelligence artificielle (IA) s’impose aujourd’hui comme une réalité structurante de nos sociétés. Elle transforme en profondeur les modes de production, de traitement et de diffusion de l’information, tout en reconfigurant les pratiques communicationnelles et médiatiques. Face à cette mutation rapide, les Sciences de l’Information et de la Communication (SIC) ne peuvent se limiter à une approche instrumentale ou techniciste de l’IA.

Il devient nécessaire de penser une théorie de l’intelligence artificialisée, propre aux SIC, capable d’éclairer les enjeux scientifiques, sociaux et symboliques liés à son usage.
Cette proposition s’inscrit dans le prolongement de la conception développée par le professeur Bob Bobutaka, pour qui l’intelligence artificielle constitue fondamentalement un problème des SIC.

En effet, au-delà de l’ingénierie informatique, l’IA interroge la nature même de l’information, les processus de médiation, les logiques de communication et les rapports entre les acteurs humains et les systèmes algorithmiques. Autant de dimensions qui relèvent directement du champ d’analyse des SIC.

La nécessité d’une nouvelle théorie tient au fait que l’IA ne se contente plus d’assister l’humain : elle artificialise des fonctions traditionnellement associées à l’intelligence humaine, telles que l’analyse, l’interprétation, la hiérarchisation et la production de contenus informationnels. Cette artificialisation modifie les circuits de l’information, redéfinit les rôles des producteurs et des récepteurs, et introduit des médiations algorithmiques inédites. Une théorie de l’intelligence artificialisée en SIC permettrait ainsi de conceptualiser ces transformations, en tenant compte à la fois des dimensions techniques, cognitives, sociales et culturelles.

Dans le domaine de l’information, l’intelligence artificielle est désormais au cœur des systèmes de gestion documentaire, des moteurs de recherche, de l’indexation automatique et de l’archivage numérique. Les algorithmes classent, priorisent et rendent visible l’information selon des logiques qui influencent l’accès au savoir et la construction des connaissances. Du point de vue des SIC, ces dispositifs posent des questions fondamentales liées à la neutralité de l’information, à la traçabilité des sources, ainsi qu’à l’éthique de la sélection algorithmique.

En matière de communication, l’IA intervient dans l’analyse des publics, la personnalisation des messages et l’automatisation des interactions, notamment à travers les agents conversationnels et les plateformes numériques. Les échanges communicationnels ne sont plus exclusivement humains : ils sont médiés, orientés, voire co-produits par des systèmes intelligents. Une théorie de l’intelligence artificialisée permettrait d’analyser ces nouvelles formes de communication hybride, où l’intention humaine et la décision algorithmique s’entremêlent.

Dans le champ des médias, l’intelligence artificielle révolutionne la production et la diffusion de l’information journalistique. Rédaction automatisée, recommandation de contenus, modération algorithmique et analyse des tendances transforment le fonctionnement des rédactions et la relation entre les médias et leurs publics. Ces évolutions soulèvent des enjeux majeurs de crédibilité, de pluralisme et de responsabilité médiatique, qui exigent un cadre théorique solide pour être compris et régulés.
Ainsi, la mise en place d’une théorie de l’intelligence artificialisée en Sciences de l’Information et de la Communication apparaît comme une exigence scientifique et sociétale. Elle offrirait aux chercheurs en SIC des outils conceptuels adaptés pour analyser l’IA non seulement comme une technologie, mais comme un fait communicationnel et informationnel à part entière.

En s’appuyant sur la réflexion de Bob Bobutaka, cette approche vise à repositionner les SIC au cœur des débats sur l’intelligence artificielle, afin de mieux comprendre ses impacts et d’en encadrer les usages dans une perspective éthique, critique et humaniste.

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